Bharatanatyam – Danse classique sacrée de l’Inde méridionnale

Bon, ben voilà, depuis le temps que j’y pensais, je me suis ENFIN sorti les doigts du cul!

Wouééé! 8)

Voici donc un article sur le Bharatanatyam, l’un des grands amours de ma vie et l’une des façons que je préfère pour célébrer ma spiritualité.

Je ne vais pas tout expliquer en une fois car c’est un grooos morceau, mais je vais faire peu à peu en quelques articles. 🙂

Mais tout d’abord commençons par le commencement…

Le « Bartanachose », koikesse?

 

 

 

Bharatanatyam vient de deux mots Bharata : Inde et Natya: Danse en tamoul (l’une des multiples langues de l’Inde).

En fait, natyam veut dire littéralement « danse musique théâtre » en français, mais notre langue ne connaît aucun mot pour lier ces trois arts en un seul.

Le Bharatanatyam est donc un art classique sacré de l’Inde méridionale où sont mêlés la danse, la musique et le théâtre. Il fait partie des 8 danses classiques de l’Inde.

 

Les 8 danses classiques de l’Inde…

Car oui, contrairement à notre danse de ballet, il n’y a pas qu’une seule danse classique en Inde, notamment parce que ce sous continent est immense et constitué d’une multitude de langues, dialectes et cultures diverses.

A l’heure actuelle on compte 8 danses classiques en Inde, danses que l’on retrouve dans le  Nâtya-shâstra, un traité encyclopédique de base de la danse et du théâtre indien, souvent considéré comme le cinquième Veda:

  • le Bharata natyam (Inde du Sud Est – Tamil Nadu)
  • l’Odissi (Orissa – Est de l’Inde)
  • le Mohiniattam (Inde du Sud Ouest)
  • le Kuchipudi (Andhra Pradesh – Sud de l’Inde)
  • le Sattriya (Assam – Nord Est)
  • la Danse Savaguwa et Rang-guwa Ojapali (Assam – Nord Est)
  • le Dewgharar Dev-Natir Nritya (Assam – Nord Est)
  • Le Kathak (Rajasthan – Nord Ouest frontière pakistanaise)

 

La danse du feu:

Il est dit que chacune des danses classiques sacrées de l’Inde correspond à un élément.

Le Bharatanatyam est la danse du feu sacré, la manifestation mystique le l’élément métaphysique du feu dans le corps humain.

Les autres éléments se trouvent dans d’autres danses et théâtres classique de l’Inde: Odissi (l’Eau), Kuchipudi (la Terre), Mohiniattam (l’Air) , Kathakali (Ciel ou Éther).

Les mouvements d’une danseuse de Bharatanatyam ressemblent à ceux d’une flamme dansante.

Bien que les écoles de danse et certaines célébrations incluent des récitals où plusieurs danseurs/danseuses dansent sur scène, le Bharatanatyam est plutôt une danse de soliste.

 

 

Équilibre, masculin et féminin, yoga:

Le Bharatanatyam se caractérise par l’expression de deux énergies, deux aspects: lasya, la féminité pleine de grâce des lignes et des mouvement d’une part et de l’autre, tandava Ananda Thandavam (en tamoul) c’est à dire la danse de Shiva, l’aspect masculin.

Cette recherche d’équilibre entre les deux aspects peut se comprendre si l’on sait que cette danse est fortement liée au yoga dont elle est une branche.

Car le Bharatanatyam est souvent considéré comme un Natya Yoga, c’est à dire un yoga de la danse ou un yoga dansé. En effet, comme vous le savez peut-être déjà, ce que les occidentaux appellent yoga, l’activité corporelle, ne correspond qu’à l’une des branches de cette philosophie indienne, āsana (se tenir tranquille de façon stable). Or existe en réalité plusieurs branches du yoga, mais bon, là n’est pas le sujet…

Le lien entre danse et yoga est d’autant plus importante que le dieu Shiva est à l’origine des deux disciplines.

 

Shiva, seigneur des danseurs

Dans la mythologie hindoue, Shiva est le dieu destructeur et créateur de l’univers, mais également un yogi. On lui doit donc l’invention du yoga (en tant que voie philosophique avec ses postures, des techniques de respirations –pranayama– et de méditation) mais aussi celle de la danse.

Le Shiva Tandava est la Danse Cosmique de Shiva. Par celle-ci il détruit et crée le monde, on l’appelle alors Shiva Nataraja, seigneur des danseurs.

Pour les hindoues, la danse est l’une des plus belles offrandes qui puisse être faite à un dieu, car elle nous oblige à nous transcender, à aller au plus profond de nous même en mobilisant notre part la plus noble, celle qui s’est appliquée à une pratique régulière dans une démarche yogique (en respectant le principes du yoga sutra).

 

Danse sacrée et femme libres

Danseuse offrant sa danse aux dieux ©Ashwin Nagpal

A l’origine, le Bharatanatyam était dansé dans les temples car il s’agit d’une danse sacrée, créée par Shiva Nataraja. Les danseuses, les Devadasi étaient mariées et consacrées à un dieu (Shiva, mais aussi Vishnou…) et leur pratique de la danse était leur offrande.

La tenue, le maquillage, mais surtout la parure et la peinture des mains et pieds de la danseuse de Bharatanatyam sont très proches de ceux d’une mariée de la tradition hindoue pour célébrer son mariage divin.

En tant que femme d’un dieu, les Devadasi jouissaient d’une grande liberté de mœurs et d’un haut statut social. Elle étaient libres de leurs fréquentations et ne dépendaient d’aucun homme mortel. Hélas, le puritanisme des colons britannique conduit à la fermeture des temples et à la chute des Devadasi sur le plan social.

C’est dans les années 1930 que le Bharatanatyam sort enfin du temple pour les planches des théâtres grâce à l’intervention de Rukmini Devi Arundale (1904-1986), qui créée en 1935 la première école de Bharatanatyam du pays.

 

Megha Ranganathan danseuse de l'Abhinaya Dance Company

 

Le théâtre dansé:

Comme je le disais plus haut, le Bharatanatyam est aussi un théâtre! Cette danse est un mélange de Nrita (danse pure) et d’Abhinaya (qui signifie transporter une émotion ou un récit vers le spectateur).

La danseuse ou le danseur va donc raconter une histoire (le plus souvent tirée des textes sacrés hindous) par sa danse en utilisant toutes les nuances et subtilités de ses mains, de ses yeux, et de son corps de façon codifiée et harmonieuse.

 

Dans l’ancien traité ABHINAYA DARPANAM, Le miroir du geste il est dit:

« Là où va la main va le regard ; là où va le regard va l’esprit ; là où va l’esprit se trouve le cœur ; là où se trouve le cœur est la réalité de l’être. »

Pour amener le public au rasa (plaisir esthétique) grâce au bhava (émotion), la danseuse fait appel à quatre abhinaya :

  • Angika – l’expression du corps,
  • Vachika – l’accompagnement musical,
  • Sattvika – les manifestations corporelles de l’état émotionnel intérieur (larmes, rougeurs…)
  • Aharya – le maquillage, le costume et les ornements et leur pouvoir de suggestion.

La position très codifiée des mains est appelée hastas ou mudras tandis que les pieds frappent le sol selon un rythme précis en cherchant à obtenir un bruit net de claquement.

 

Le corps, un axe stable, un lien entre la terre et le ciel

Contrairement à d’autres danses classiques indiennes comme l‘Odissi, le buste reste statique en Bharatanatyam.

La danseuse peut se pencher et étirer son buste dans toutes les directions, mais elle n’effectue aucune ondulation ni balancement.

Les jambes sont elles pliées et les genoux écartés dans une position que l’on appelle Aramandi (en tamoul) ou Ardhamandala (en hindi).

Il s’agit de la position de base à partir de laquelle la danseuse va frapper le sol de ses pieds.

Ses frappes accompagnent les percussions de la musique avec le claquement de ses pieds sur le sol, mais aussi grâce aux clochettes que le danseur ou la danseuse porte aux chevilles.

 

Dans la position de base de Bharatanatyam, les bras, eux, sont écartés de part et d’autre du buste, à l’horizontale et à hauteur des épaules, les avant-bras légèrement plus bas.

C’est une position qui est difficile à tenir pour lés débutants et certaines danses, comme l’alarippu demandent beaucoup d’endurance car elles nécessitent de tenir cette posture pour de longues périodes.

Chaque mouvement effectué ver la droite est ensuite répété vers la gauche car la notion d’équilibre est très importante dans cette danse.

Les frappes, postures et mouvement sont indiqués aux danseurs/danseuses par des syllabes rythmiques.

Les sons chantés par le professeur donnent des indications sur la partie du pied à poser, l’enchaînement des gestes des bras, des mains, des yeux…

Les rythme sur lesquels le professeur chante, indique celui à suivre.

On apprend ainsi les adavu (pas de base) Teyum tata teyum ta;  Tat Tai Ta Ha; Taiya Taiyi…

 

 

Bref.

Inutile de vous dire que l’apprentissage est long et qu’il faut beaucoup de temps à un jeune padawan avant de pouvoir passer son Arangetram qui marque la fin de son apprentissage. Littéralement Arangetram signifie « accéder à la scène« , il s’agit en fait de la toute première représentation d’un danseur ou d’une danseuse en tant qu’artiste accomplit.

Mais cette discipline et son apprentissage en valent le coup car cette danse connecte directement avec les dieux, Shiva notamment. Il s’agit d’une forme d’extase par la danse qui dépasse ce que j’avais rencontré en ballet, en jazz ou dans d’autres styles.

La consécration de cet art et sa complexité sont des outils de connexion avec le divin extraordinaire dont l’occident s’est hélas défait.

Chez nous, la danse classique n’a aucune valeur sacrée; quant aux danses folkloriques, elles ont été coupées de tout lien avec la vie spirituelle il y a bien longtemps.

La restitution et la préservation de cette pratique  sont donc des cadeaux superbes au peuple indien qui peut être fier de son patrimoine spirituel et artistique mais aussi au monde, qui s’initie alors à la notion de danse sacrée, art perdu en occident.

 

 

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4 réflexions au sujet de « Bharatanatyam – Danse classique sacrée de l’Inde méridionnale »

  1. Bonjour,
    Je débarque sur votre blog tout à fait par hasard et dois dire que cet article a vraiment agrippé ma curiosité. Je ne connaissais absolument pas ce genre de danses…

    Merci donc pour la découverte !

    Julien

  2. Bravo pour cet article ,difficile à faire quand on n’en danse pas et même si on en danse!!
    Un art difficile et tellement envoûtant on arrive à avoir énormément de plaisir en dansant du bharatanatyam ,mais il faut beaucoup de passion et d’assiduité!!
    merci pour ce bel article!

    • Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.
      J’ai vu sur votre blog que vous étiez professeur de Bharatanatyam sur Nice et je suis curieuse de connaître votre Bani.
      Mon professeur est Raji Parisot qui a reçu l’enseignement de la tradition pandanallur avant de continuer sa formation à Kalakshetra.

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