Lucie avatar de lumière de la déesse 1- les pièces du puzzle

sankta_lucia_by_landale-d4izozuDans mon précédent article, j’en annonçais d’autres à venir au sujet de Lucie. Maintenant la période des fêtes terminée, je peux enfin me pencher sur la rédaction du premier : Lucie avatar de lumière de la déesse, figure de la jeune, aspect de la triformis.

Vous ne trouverez rien sur Lucie en tant que Déesse. Au mieux vous trouverez des informations sur Sainte Lucie, Lucina… et moi-même au début j’étais particulièrement frustrée de ne pas pouvoir aller plus loin. Au fur et à mesure j’ai avancé dans mes recherches et ai commencé à recomposer le puzzle. Celui-ci est loin d’être complet bien sûr et si vous avez des éléments, je serais ravie d’échanger avec vous. Quoi qu’il en soit, voici ce que mes travaux ont donné jusqu’ici.

Pour aller à la source et comprendre les choses depuis le début, j’ai dû faire mes recherches de façon ante-chronologiques, c’est à dire à reculons.

Pour cela, je suis partie de ce qui nous « restait » de Lucie, c’est à dire Sainte Lucie :

 

1 – Sainte Lucie:

Domenico Beccafumi (1484–1551) Sainte Lucie ; 1521; huile sur panneau; Pinacothèque nationale de Sienne

Domenico Beccafumi (1484–1551) Sainte Lucie ; 1521; huile sur panneau; Pinacothèque nationale de Sienne

Il existe en réalité plusieurs « Sainte Lucie » dans le culte catholique des saints, mais celle qui est célébrée le 13 décembre est Sainte Lucie de Syracuse, vierge et martyre dont le nom est célèbre dans l’histoire de l’Église sicilienne. Fille d’une riche et noble famille de Syracuse, Lucie subit le martyre au début du IVe siècle sous le règne de Dioclétien. Elle serait morte en 304, 310 ou 313 après J. – C.

On sait que Dante lui vouait une intense dévotion puisqu’il la mentionne à plusieurs reprises dans sa Divine Comédie et qu’il la place même aux côtés de Saint Jean l’Évangéliste au Paradis.
D’après Jacques de Voragine, dans La Légende Dorée, la fête de Sainte Lucie se situe près du Solstice d’hiver, d’où le dicton disant qu’« à la sainte Luce, les jours croissent du saut d’une puce ». C’est pour cette raison que beaucoup de fêtes liées à la lumière lui sont consacrées dans le nord de l’Europe, notamment en Scandinavie.

En effet, dans l’ancien calendrier Julien où le découpage du temps et de l’année était différent, notre 13 décembre actuel tombait plutôt aux alentours du 26 décembre, donc juste après le Solstice d’hiver du 21-22 décembre.

 

Sainte Lucie est donc la sainte de la lumière  mais aussi celle qui protège la vue et les yeux, les « lumières du corps ».

Son martyre diffère d’une version à l’autre mais l’histoire originelle est la même dans les deux cas:

  • Fervente chrétienne, Lucie décide de rester vierge et de faire don de l’héritage de son père aux nécessiteux. Mais le jeune homme auquel elle est promise, refuse de voir l’héritage et la jeune fille lui échapper ainsi et demande l’intervention du consul Pascasius.
    Celui-ci tente d’envoyer Lucie dans un lupanar, mais par l’intervention du Saint esprit, le corps de cette dernière se fige, devient immobile, incroyable lourd et intransportable. Il décide alors de faire verser sur elle de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, puis la fait entourer d’un bûcher auquel on met le feu. Mais celui-ci n’a aucun effet sur Lucie qui continue à louer le Christ par des chants. On lui enfonce une épée dans la gorge, mais la jeune fille ne meurt pas de suite et attend la venue d’un prêtre pour lui donner la communion après quoi seulement elle rend l’âme.
  • Dans une autre version, Lucie aurait eu les yeux arrachés, dans d’autres, elle se les aurait arraché elle-même pour les envoyer à son prétendant en réponse à sa menace de la dénoncer pour sa foi chrétienne. Elle lui en aurait ensuite apporté de plus beaux encore.

C’est pour cela que Sainte Lucie est liée aux maladies oculaires, et qu’elle est souvent représentée ses yeux posés sur un plateau. Elle est également invoquée pour les maux de gorge.

 

2 – Sankta Lucia et les autres fêtes liées à Sainte Lucie en Europe

Sankta Lucia

Sankta Lucia

De nos jours, la Sainte Lucie est une fête importante en Suède. Le 13 décembre la Sankta Lucia marque avec l’Avent le début des festivités de Noël. Elle est aussi fêtée ailleurs en Scandinavie et en Europe Méridionale. Il s’agit d’une relecture chrétienne d’une fête célébrant le solstice d’hiver dans l’hémisphère nord : les jours rallongent et le soleil revient peu à peu baigner le monde de ses rayons porteurs d’espoir.

 

En Scandinavie, une fille, appelée « Lucia » marche devant une procession de femmes habillées de blanc et d’une ceinture rouge. La « Lucia » porte sur la tête une couronne de l’avent ornée de bougies blanches pour symboliser le retour de la lumière sur la terre tandis que les suivantes portent toutes une bougie à la main.

Selon la tradition chrétienne, les bougies représentent le feu qui refuse de prendre la vie de sainte Lucie au bûcher, et la ceinture rouge peut-être le martyre de la sainte. D’un point de vue païen, la lecture des symboles est toute autre, mais nous y reviendrons…

Les femmes chantent une chanson de Lucia en entrant dans la pièce ; la mélodie est celle de la chanson napolitaine Santa Lucia mais les paroles diffèrent. En effet, la version napolitaine décrit la belle vue depuis le quartier de Borgo Santa Lucia de Naples, tandis que les diverses versions scandinaves parlent de la lumière avec qui Lucia vainc le noir. À la fin de la chanson, la procession poursuit avec chants de Noël ou d’autres chants sur Lucia.

Cette célébration a également lieu le 13 décembre au Danemark depuis 1944, mais aussi en Italie qui fête également la sainte au mois de Mai.

En France, il reste quelques fêtes liées à Lucie, notamment à Montbéliard et en Corse. Toutefois, à Lyon, la Fête des Lumière du 8 décembre est consacrée à La Vierge et non à St Lucie.
En Alsace, la célébration de la Sainte Lucie avait lieu le 23 décembre avant la réforme du calendrier grégorien en 1582. Depuis, la célébration a évolué pour s’intégrer à la fête de Saint Nicolas où la figure de la Lucia devient celle du Christkindel (Christ enfant) compagnon de route du saint.

 

Oeil de Sainte Lucie

Œil de Sainte Lucie

Les symboles de la Sainte sont bien sûr, la robe blanche, la couronne de l’avant, la bougie et la ceinture rouge dans les pays scandinaves, mais aussi l’Œil de Sainte Lucie, appelé « œil de Vénus » ou « œil de la Vierge ». Il s’agit l’opercule d’un mollusque fréquent sur les rivages méditerranéens, notamment en Corse, l’Astrée rugueuse.

Son apparence ressemble beaucoup à celle du turbot commercialisé sous le nom d’Œil de chat ou Œil de Shiva.

 

Ce coquillage est sensé porter bonheur.

Dans la tradition de la sorcellerie italienne, la Stregheria (« La Vecchia Religione »), les bonnes sorcières (Benandanti) font appel à Sainte Lucie pour combattre les mauvaises sorcières (Malandanti) grâce aux plantes et herbes qui lui sont consacrées : la rue et le fenouil. Son invocation leur permet une meilleure vision nocturne pour agir de nuit.

Mais cette figure chrétienne de Sainte Lucie trouve ses racines dans une figure divine plus ancienne dont les premières traces conduisent à l’Empire Romain.

 

3 – Lucina

 Sandra M. Stanton, Lucina; 1996; huile sur toile de lin; 63.5 x 63.5 cm Copyright ©Sandra M. Stanton http://www.goddessmyths.com/index.html With kind permission of the artist.


Sandra M. Stanton, Lucina; 1996; huile sur toile de lin; 63.5 x 63.5 cm Copyright ©Sandra M. Stanton http://www.goddessmyths.com/index.html With kind permission of the artist.

Mes premières recherches m’ont conduites à trouver les origines Lucie en Lucina, déesse romaine.

Dans l’antiquité romaine, Lucina était une déesse de la lumière et de la naissance. Peu à peu, elle se mêle à Junon pour devenir Lucina – Junon.

Ses symboles étaient la coccinelle et le coucou.

Elle veillait au bien être des femmes au moment de l’accouchement et était celle qui amenait les enfants à la lumière comme l’indiquerait l’origine de son nom « Lux » la lumière. L’autre origine de son nom pourrait être le bosquet « lucus« . En effet, un bosquet de lotus se trouvait sur L Esquilin, l’une des sept collines de Rome, lieu consacré à la déesse.

Dans la religion romaine, Lucina présidait une série d’autres dieux qui intervenaient au moment des naissances, tels Vaginatus, Fabulinus connus sous le nom de di nixi (ou dii nixi) ou Nixae.

 

 

4 – Eileithyia en Crète et en Grèce

 

Eilithyia (Ilithyia) aidant Zeus à accoucher d'Athéna

Eilithyia (Ilithyia) aidant Zeus à accoucher d’Athéna

Plus anciennement, on trouve les origines de cette figure en Crète puis en Grèce sous le nom Eileithyia or Ilithyia (pron.: /ɪlɨˈθaɪ.ə/; Grec ancien: Εἰλείθυια). La première part du thème ἐλευθ- (de ἐλεύσομαι, « venir, aller ») : Ilithyie serait « celle qui vient » ou « celle qui fait venir » ; la seconde estime qu’il s’agit d’un terme pré-hellénique (Selon wikipedia).

Elle était la déesse des naissances et des sages-femmes. Dans la version grecque de la mythologie, Eileithyia serait la fille de Zeus et Héra (Hésiode Théogonie 921), mais selon Pausanias, des sources plus anciennes l’appellent la « fileuse ingénieuse » et l’identifient au Destin et aux Moires. Plus ancienne que Cronos, elle serait la première née de Gaia.

En tant que Déesse Mère Minoenne, elle est vénérée en Crète, en Laconie et à Délos.

Selon Homère, un culte à Mystère lui était dédié à Amnisos près de Knossos où elle aparaît sous le nom d’Eleuthia.

A Olympie, le voyageur Pausanias aurait vu une grotte consacrée à Eileithyia et au serpent sauveur de la cité (Sosipolis). En effet, une vierge y avait la charge de veiller sur le serpent sacré et de le nourrir d’eau et de gâteaux faits d’orge et de miel (offrande appréciée par Déméter).

Ce lien avec Déméter se confirme puisque dans le sanctuaire d’Aigion, Eileithyia est représentée en compagnie de Déméter et Perséphone, toutes trois portant des torches. Elle donc liée au monde souterrain et elle guide vers la lumière…

 

Résumons donc:

Parmi ses attributs ou ceux qui lui sont liés nous trouvons un serpent, une torche ou une bougie allumée pour faire venir à la lumière (pas seulement les enfants).

D’une certaine façon elle partage des traits et des rôles avec Hékate :

Kurotrophos (protectrice et nourricière des enfants)
Phosphoros (qui apporte la lumière)
Dadophoros (porteuse de torche)
Propolos (celle qui guide)
Hékate Nyktipolos (celle qui s’aventure la nuit) puisque les processions ont lieu la nuit
Adonaea (dame des souterrains)
Khthonia (du monde cthonien
Koure mounogenes (Fille unique)

A cela nous pouvons ajouter la robe blanche et de la ceinture rouge (symbole du serpent d’Hékate).

Janet Farrar portant une couronne ornée de chandelles

Janet Farrar portant une couronne ornée de chandelles

Par ailleurs, à Thrace dont elle est originaire, Hékate était la déesse des rituels de fertilité et de naissance, puis des rites de passages, jusqu’à devenir la Déesse de la sorcellerie, des mystères puis la Déesse Mère.

 

Ces recherches ont confirmée certaines énergies que j’avais perçues bien avant, à savoir le fort lien entre Hékate et Lucie.

J’ai toujours vu Lucie comme la première partie d’Hékate Triformis, celle de la jeune fille qui porte en elle l’espoir, le feu de la jeunesse, la fertilité de l’Être humain (pas forcément dans le sens de la reproduction), la garante d’une certaine verticalité à conserver en préservant le feu de sa propre chandelle…

 

Mais cela sera le sujet d’un prochain article sur ma vision de Lucie, ses attributs et ma rencontre avec elle.

 

Share This:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *