La difficile question du transgenre dans la communauté païenne outre-atlantique

Une fois n’est pas coutume, je vous propose d’arrêter de regarder notre nombril et nos petite luttes de cours de récréation pour regarder un peu plus le débat de fond qui secoue la communauté outre-Atlantique.

Il y a quelques temps a eu lieu le PantheaCon[i], grande conférence sur le féminin sacré où l’on peut en général croiser Ruth Barrett, Zsuzsanna E. Budapest, T. Thorn Coyle etc.

Homme ou femme?

Homme ou femme?

Lors de celui-ci, un conflit a éclaté au sujet des transgenres. En effet, certaines dianistes se voyaient mal assister à un rituel de guérison pour les femmes à côté d’une transsexuelle. Pour cette raison, le rituel était ouvertement « réservé aux femmes-nées ».

Bien entendu cette démarche a fait un tollé et une manifestation silencieuse sous forme de méditation et de chants (menées par T. Thorn Coyle) a eu lieu devant la salle où avait lieu le rituel de Z. Budapest. Depuis, la pagansphère s’est enflammée outre-Atlantique, les esprits s’échauffant et les commentaires excités des uns et des autres mettant toujours un peu plus d’huile sur le feu.

Inutile de vous dire que sur ce point, je soutiens à 200% T. Thorn Coyle et les défenseurs d’un accès aux rituels dianiques aux femmes transsexuelles.

Comme elle, je trouve que Z. Budapest a beaucoup apporté à notre communauté, je l’admire et je la respecte. Mais sa position de rejet des femmes transsexuelles est pour le moins décevante à mes yeux. Il me semblait que le mouvement dianique avait entre autre raison d’être la défense des droits des femmes et de leur propre rapport à leur corps. Or de nombreuses femmes transsexuelles sont encore violentées voire tuées dans de nombreux pays pour avoir choisi de ne plus être des hommes. Ces personnes sont nées avec une âme féminine et ont souffert le martyr sous de nombreuses formes pour vivre un corps de femme.

 

D’un sexisme à un autre…

Leur refuser l’accès à un rituel me semble choquant et insultant. Il faut dire que si je ne suis pas dianique, c’est aussi parce que beaucoup (je n’ai pas dit tous) de coven sont strictement féminins. Heureusement, les choses changent, mais j’ai toujours pensé que faire aux hommes ce qui avait été fait aux femmes n’était ni sain, ni empli de compassion.

Est-ce là la religion de la Déesse ? Remplacer le sexisme par un autre ? Si je me sens si proche du mouvement Reclaiming, c’est aussi pour ce genre de raison : l’accueil et l’acceptation de tout individu quelle que soit sa couleur, son origine sociale, géographique, culture, sa sexualité, son genre présent ou passé. Tant que chacun suit sa voie dans l’amour, le respect et le consentement entre adultes.

Après tout la Charge de la Déesse ne dit-elle pas « Ma loi est l’amour de tous les êtres… » ?

Le 10 mars dernier sur le site The Wild Hunt, un article expose la décision du PantheaCon qui a affiché sa volonté de respecter les lois fédérales de non-discrimination. Comme vous pourrez le lire dans les commentaires, une excellente question d’ordre purement technique est posée : « la présence de femmes transsexuelle a-t-elle un impact dans la mobilisation des énergies lors d’un rituel dianique ? »
Voilà de quoi alimenter le débat.

Yoni Cushion

Yoni Cushion © Rachael Hertogs www.moontimes.co.uk

Étant donné que je ne suis pas initiée à la tradition dianique, je suis incapable de répondre à cette question, mais je m’interroge. Il est évident que si le rituel est orienté sur la symbolique de l’utérus avec une visualisation des organes une femme transgenre peut avoir plus difficultés à mobiliser certaines énergies.

Mais c’est là que nous devons nous poser la bonne question, quel est le plus important ? Quel est le but du rituel ? Est-ce uniquement une levée du pouvoir et son utilisation ou est-ce un ciment de notre communauté ?

Il me semble que le rituel a cette double fonction et que nous ne pouvons plus concevoir des rituels comme on le faisait au temps des Mystère d’Eleusis. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je ne crois pas au reconstructionnisme Bien que je sois curieuse des mystères ancestraux et des méthodes, techniques et énergies qui y sont rattachées, je pense que notre monde et nous-même avons bien trop changé pour les vivre de façon bénéfique.

Comme n’importe quel élément de l’univers, nous sommes influencés par notre milieu, y compris social. Il était facile 6 000 av. J.-C. de bâtir des rituels autour des menstruations dans un cercle strictement féminin. Mais qu’en est-il aujourd’hui où la science permet à un homme de devenir femme jusqu’à avoir des œstrogènes ? Combien de temps encore avant que les transsexuelles n’aient également un utérus ?

S’il est des mystères que ces femmes ne « peuvent pas » vivre (pour l’instant) doit-on pour autant les priver de vivre leur spiritualité avec leurs sœurs sous prétexte qu’à cause d’elles les énergies seront moins fortes ?

Cette idée que la présence de transgenres influe sur le rituel en termes d’énergie sous-entend que le résultat serait « moins bien »… Du « moins bien » au moins pur » il n’y a qu’un pas et je crois que notre communauté devrait prendre du recul sur ce genre de chose avant de passer du nombril à quelque chose de plus nauséabond.

cover gender transgender

A trop regarder l’utérus (ou son absence) de l’autre, nous dérivons vers des pentes bien dangereuses…

 Edit: un petit ajout de référence grâce à Valiel (merciii!). Un ouvrage sur le sujet du genre et du transgenre dans le paganisme moderne: « Gender and Transgender in Modern Paganism » dont une version PDF est disponible. On y trouve des articles de nombreux auteurs : Janet Farrar, Ruth Barrett, T. Thorn Coyle, Raven Kaldera…
De quoi apporter de l’au au moulin de la réflexion et du débat.


[i] Conférences pour les païens, les polythéistes, les natifs non-européens et beaucoup de croyances divers qui ont lieu lors du weekend Jour des présidents [Ndt : un jour férié fédéral en l’honneur des différents présidents des États-Unis,célébré le 3e lundi de février]. Près de 2000 personnes assistent à plus de 200 présentations qui vont du rituel aux ateliers et des cours aux concerts.

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3 réflexions au sujet de « La difficile question du transgenre dans la communauté païenne outre-atlantique »

  1. Merci pour ce post, je n’étais pas au courant de ce débat car, naïvement, je pensais qu’il n’avait pas lieu d’être dans la communauté sinon païenne, au moins wicca. Je suis très surprise de la réaction de Z. Budapest, ne m’attendant pas du tout à cela de sa part.

  2. Hello,

    Je partage tout à fait ton avis…

    J’ai rencontré Z. Budapest pendant un atelier cet été. Elle regrettait sincèrement cette polémique et les proportions qu’elle avait prise.

    Néanmoins, son avis était que c’était une liberté fondamentale des femmes (sous-entendu une liberté à défendre) de pouvoir se réunir seules. C’était donc un choix qui avait été pris et qu’il fallait respecter en tant que tel. C’était sur cette base qu’elle avait refusé de céder et d’inclure les trans-genres.

    J’avais rien osé dire…

  3. Bonjour,

    Une astrologue m’avait dit que, lorsque Neptune serait en Poissons, ça pouvait se manifester de différentes façons : un plus grand besoin de spiritualité, certes, mais aussi une exigence de pureté qui pouvait mener à des atrocités (pureté ethnique, etc.) J’ai lu sur le site d’une transexuelle paienne que les transexuelles ont une ame de femme et que c’est la raison pour laquelle elles se sentent si mal dans le corps d’un homme. ça tient la route pour moi. D’autre part, qu’en est-il des femmes qui ont subi une hystérectomie, qui ont une malformation de l’utérus, qui n’ont pas leurs régles pour une raison ou une autre? Sont-elles aussi exclues du rituel ? En Inde, on célèbre une fete pour les travestis et les trans (hijras).

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