De l’addiction, de l’influence et du Don

La Maison Dieu - Arcane XVI - Camoin Jodorowsky

La Maison Dieu – Arcane XVI – Camoin Jodorowsky

16 ans.

16 ans que je tire le tarot de Marseille et bientôt 10 que j’utilise également la version Rider-Waite.
En 16 ans j’ai beaucoup lu, étudié, médité, travaillé avec le Tarot. Les ouvrages de Jodorowsky, Pollack, Darche et les autres sont mes livres de chevet.
J’avance dans ma compréhension, mon intuition. Mon regard, et mes analyses s’affinent. Pour travailler sur soi c’est un outil formidable qui apprend beaucoup, permet d’avancer, d’éclairer mes zones d’ombres etc.

Bref, un vrai monde des Bisounours tout cela n’est-ce pas ? Cela fait vraiment rêver.
Sauf que.

Je suis dépendante. Accro. Addict. Malade.

Il m’a fallu du temps pour l’accepter, me l’avouer à moi-même, à mes proches (qui n’étaient pas dupes) et agir en conséquence.
J’ai décidé de sortir du placard pour en parler parce que je me dis que cela peut peut-être aider d’autres personnes à se l’avouer et à agir.

Il y a quelques années cette addiction était inexistante. Le Tarot était juste un outil ponctuel pour un choix de réorientation professionnelle ou la suite de mon avancée spirituelle. Je tirais les cartes pour des amis et des proches selon leurs besoins, tout allait bien.

Et puis, ces derniers mois j’ai littéralement perdu pied.
Séparée géographiquement de l’homme que j’aimais, doutant de moi (plus que de lui) j’ai vu réapparaître le bon vieux fantôme de la dépendance affective avec son amie la célèbre jalousie maladive.

Et là comme par hasard, mon Tarot n’a plus quitté mes mains. Tonalité de la journée ? Une carte.
Comment répondre au SMS pour ne pas avoir l’air désespérée ? Une autre. Pourquoi je n’ai pas encore une de message avec un cœur aujourd’hui ? Une autre carte. A-t-il rencontré une fille hier soir en sortant ? Un tirage de 20 km.
Puis un autre. 1h plus tard. Et encore un autre. Plus tard dans la journée… au cas où j’aurais mal formulé la question ou compris le message…

On ne se l’avoue pas, mais on ne vit plus pour soi, ni par soi-même. On vit à travers son jeu, tournée vers l’Autre, l’absent, que l’on espionne finalement de façon malsaine alors qu’on pourrait être en parfait amour et en parfaite confiance…

Ophelia - John Everett Millais, 1851–1852, 76 cm x 1,12 m, Tate Britain.

Ophelia – John Everett Millais, 1851–1852, 76 cm x 1,12 m, Tate Britain.

Hélas, même en le retrouvant enfin après des mois de séparation, tétanisée de peur à l’idée de ne pas agir comme il faut pour entretenir l’amour malgré la distance, je gardais mes cartes près de moi pour prendre la température de ce que je vivais.

Plutôt que de le vivre. De m’exprimer. D’ouvrir mon cœur. De dire : « Je pars en vrille, je manque de confiance en moi. Je doute de mon jugement, de mon comportement. J’ai besoin d’aide, je me noie dans cette addiction. Je deviens folle ! »
La sonnette d’alarme est difficile à tirer. Surtout auprès des gens que l’on aime. Il faut l’avouer. Et pas seulement pour la mauvaise image de soi-même que cela renvoie.

J’ai d’autant plus eu de mal à tirer cette sonnette que quelques mois auparavant j’avais « essuyé les plâtres » d’avoir suivi un conseil avisé.
En effet j’avais eu la mauvaise idée de faire part à un proche de certaines de mes grandes interrogations sur la vie, la maternité etc. Cette personne m’a donné ce qui s’est révélé être (hélas) un mauvais conseil (dans ma situation, je pense qu’il aurait été parfait pour d’autres).
En suivant ce conseil, j’ai subi des répercussions douloureuses que je paie encore aujourd’hui. Je n’en veux pas à cette personne qui a cru bien faire, mais je pense que j’aurais peut-être du m’abstenir, me faire confiance et laisser venir les choses, laisser faire la vie comme je l’avais prévu au départ…

Le Karma (Jugement) - Arcane XX - Tarot of the Old Path - Howard Rodway, Sylvia Gainsford

Le Karma (Jugement) – Arcane XX – Tarot of the Old Path – Howard Rodway, Sylvia Gainsford

Finalement, la frontière entre demander de l’aide et demander des conseils à un proche/au Tarot est très fine.
A quel moment devons-nous demander de l’aide? Comment savoir si ce besoin est un manque d’objectivité réel qui nécessite un regard plus neutre ou d’un terrible manque de confiance en soi, en son propre jugement?
Nous sommes parfois tellement obsédés par le désir de bien faire, de ne pas nous tromper, que nous demandons conseils à tout va. Or les conseilleurs ne sont pas les payeurs dit-on et c’est hélas bien vrai.

Quant au tarot, l’objectivité est impossible quand il s’agit d’amour.
On appose sur les tirages ses craintes ou ses désirs et prendre des décisions sous cet éclairage est une catastrophe.

Pour peu que vous développiez une sérieuse addiction vous êtes sérieusement dans la merde…

Alors comment transformer cela ?
Et bien en coupant l’arrivée d’eau.

Il y a un mois, j’ai mis tous mes jeux en haut d’un placard, le tout accessible uniquement avec une échelle.
Sevrage direct.

Difficile car il reste internet (Ah ! les fameux sites de tirages en ligne pourris !) mais j’ai drastiquement levé le pied à coup de volonté.
Depuis on m’a offert des runes (que j’étudie depuis plus d’un an). J’ai eu du mal au début, je me suis laissée aller. Mais là ça va.
Je m’en sers pour le taff sporadiquement. Bon.

Et je prends du recul. Je médite. Je décide. J’agis en fonction :

  • Je finis ce sevrage
  • Je garde désormais mes réserves sur les conseils des proches sur ma situation
  • Une fois le sevrage fini, je prends des cours. Je me forme vraiment au tarot
  • Je me déclare comme tarologue en plus de mon activité
  • J’utilise mon expérience d’addiction à la divination pour aider ceux qui viennent me voir

Mon expérience doit se transformer en outil d’aide pour ceux qui vivent la même chose que moi. J’ai réellement décidé de l’intégrer à ma pratique de thérapeute.
Je veux transformer cette expérience douloureuse en don. Ne pas avoir souffert pour rien. Voir au-delà des cartes, qu’elles ne soient pas une fin mais un moyen d’aider les autres.

vanEt pour le reste VIVRE sans demander à mon jeu ce que je dois penser de ce que je vis.
Vivre pour soi. Par soi et non au travers d’un jeu.
Vivre la relation avec l’autre pleinement, ne pas la craindre, ne pas fantasmer le pire en partant perdante.

Se baser sur du concret et non des peurs.
Faire confiance à son cœur, son intuition, son jugement.

Lâcher prise.
Et laisser faire la vie.

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