Eyes Wide shut

Une période de changements s’annonce dans ma vie.
Plus ou moins heureux, mais tous porteurs d’enseignements quoi qu’il en soit.

Encore une fois, je suis stupéfaite (bien qu’habituée) par la synchronicité des choses.
Il est tout à fait possible de vivre sa vie nez au vent, de suivre le mouvement sans jamais voir d’apprentissage ou de message dans ce qui nous arrive.
Personne n’a d’obligation à voir des liens partout. Mais personnellement je suis de ceux-là.

Les croyants y verront sans doute le langage divin, après tout, ne dit-on pas, « le hasard est le nom de dieu lorsqu’il veut rester incognito »? Les pragmatiques y verront des fantasmes et illusions.

Pour ma part je me situe entre les deux. A mes yeux, c’est le cosmos/l’univers qui décide de rester incognito et de m’envoyer certaines choses sur la route (ou dans la figure, c’est selon), de façon à me faire gagner des niveaux.
Ou peut-être n’est-ce qu’une percée soudaine sur mon inconscient, une prise de conscience mûrie de longue date qui décide d’éclore au moment opportun suite à une énième association d’idée/épreuve.. bref.

250px-Fairies-RackhamToujours est-il que je traverse une phase délicate de ma vie. Sans m’étendre en détail, disons que certains rabat-joies diraient que je vieillis (comme tout le monde vous aussi, là sur votre siège…) et que je prends de la graine.
Et le passage du temps, quel que soit votre âge, quand vous ne l’assumez pas, ça fait mal.

Le problème n’est pas tant l’apparition de rides, l’élasticité des tissus, les cheveux blancs.
Le problème c’est la réalité. Le jour où, hélas on découvre que vouloir être un Peter Pan pour tout est dangereux, ou plutôt douloureux.

Longtemps on résiste, on refuse, on fuit au pays de « Never Never land ». Fuite en avant, obsession, besoin de tout contrôler ou au contraire de tout laisser partir pour ne pas s’attacher. Nous avons tous nos mécanismes de défense selon les bon gros nœuds que nous n’avons pas su défaire dans notre vie.
Ces nœuds sont notre ombre, celle qui nous suit et s’enfuit lorsque nous voulons lui faire face, la confronter. Sa nature fuyante et changeante entretient notre course effrénée et nous rassure même, parfois, lorsque nous cherchons une raison à nos incohérences.
Car notre ombre est douloureuse et le face à face, pensons-nous, peut être fatal.

Qui peut avoir envie de se retrouver face à ses peurs, doutes, craintes, souffrances?
Personne. Donc nous avançons, nous fuyons. Toujours plus loin.
Nous ne souffrons pas, nous ne doutons pas, nous ne craignons rien, nous n’avons pas peur.
Et puis les enclumes pleuvent, on se relève une fois, deux fois, trois fois…
Fiers de nous, nous nous enorgueillissons presque de notre courage « je suis un(e) survivant(e), trop fort! »
Dans le pire des cas, lorsque nous touchons le fond, nous accusons les autres (la vie, les gens, le hasard, la société…)
Mais bon an, mal an, nous repartons, fiers comme Artaban sur notre route d’illusion : TOUT VA BIEN!

Le problème, c’est que la souffrance s’accumule, les traumatismes se lient, forment des pelotes de plus en plus grosses. Si nous avons tendance à somatiser, nous commençons à développer des troubles bizarres que le médecin a souvent du mal à cerner, voire à prendre au sérieux, pire, à traiter.
Et hop! Un autre problème à ajouter à notre ombre fuyante! Mais non. TOUT VA BIEN VOUS DIS-JE!

ombre

Non. Notre ombre n’est pas belle à voir…

Et puis un jour patatras. Trop. Trop plein. pas possible.
Pour diverses raisons nous découvrons avec horreur, dégoût, désespoir (comme vous voulez) que nous sommes dans la merde jusqu’au cou dans notre vie.
Qu’à bien y regarder, tout ne va pas si bien. Tout va mal.
A force de tout mettre sous le tapis, la boule est énorme, on se prend les pieds dedans, le nez dans notre ombre enfin immobilisée, prisonnière.
« Tu étais donc là tout ce temps? »
Et là on découvre : blessures d’amour propre mal guéries, regrets, remords, deuils mal vécus, addictions, syndrome de l’abandon. Un vrai festival.

Alors de deux choses l’une : soit on remet tout sous le tapis et on fait comme si de rien n’était, on accuse les autres, le monde, et on repart se saouler d’illusions, d’addictions, d’activité… que sais-je?
Soit on se sort les doigts du cul (‘scuse my french) et on défait la pelote d’ombre cachée sous le tapis. On assume. On change de point de vue, on prend du recul.
On accepte de grandir.
Je ne dis pas qu’il faut retourner sa veste et devenir un(e) autre.
Non.
C’est nous même qu’il faut retourner. Ouvrir les yeux. Et pour cela les fermer.

Ce que nous croyions voir n’était qu’illusion, nos sens nous ont leurré alors prenons un instant pour voir autrement.

Arcane IX (ou VIII selon les jeux) L'Hermite Avatar d'Odin

Arcane IX (ou VIIII selon les jeux) L’Hermite
Avatar d’Odin

Tel Odin le dieu nordique Vagabond et sage, nous acceptons de prendre notre bâton de marche et de partir refaire le chemin à l’envers. A l’image de l’arcane IX du Tarot de Marseille, l’Hermite, nous nous appuyons sur notre force vitale pour ce pèlerinage. Notre lanterne éclaire le chemin déjà parcouru que nous évaluons.
Le dynamisme et l’émerveillement du Peter Pan en nous est toujours là, sous le manteau du voyageur infatigable que nous devons devenir. Il sera notre carburant, notre sève cachée et notre absolu.

Et nous voici arrivant au pied d’Yggdrasil, arbre monde, Frêne sacré.
Il nous faut accepter l’initiation : donner notre œil au géant Mimir, perdre une partie de ce que nous pensions être notre vision pour en gagner une autre, celle des runes [1]
Mais pour connaître ce secret, nous devons encore accepter la dernière épreuve et rester suspendus à Yggdrasil, le flan percé de notre propre lance, et ce, pendant neuf jours et neuf nuits.

Arcane XII - Le Pendu, tel Odin suspendu à Yggdrasil. De ses flancs s'échappent la richesse de il'nitiation fertilisant le monde et allégeant l'initié.

Arcane XII – Le Pendu, tel Odin suspendu à Yggdrasil.
De ses flancs s’échappe la richesse de l’initiation fertilisant le monde et allégeant l’initié d’un fardeau qui n’a plus aucune utilité.

Suspendus directement au pilier du monde, sans intermédiaire de vision ou de langage, nous sommes dans une situation où notre regard est inversé car notre connexion à la sève du monde est directe : physique, sensorielle. Nous le vivons dans notre chair, loin des théories abstraites. Nous voyons les choses sous un autre angle, nous élargissons notre visions.

Notre esprit, acéré, nous perce les flancs, le sang fertile s’écoule, nous laissons partir dans la douleur ce qui doit être évacué.
Là et là seulement, nous pourrons être sensibles aux signes de notre inconscient/ de l’univers/ des dieux (selon notre vision) et acquérir la sagesse et la puissance dans les neuf mondes que porte Yggdrasil. Et au passage, comme on est devenu un gros bourrin, on tend le bras pour carotter les runes, parce que merde, c’est bien joli tout ça, mais c’est pour ça qu’on est venu…

Concrètement pour ceux qui suivent pas : on gagne un niveau.
On prend du recul. On accepte d’être dans la merde, de sacrifier et laisser partir ce qui doit l’être, de voir les choses à l’envers, donc en face, mais aussi différemment.
Lâcher prise, faire un bilan, et surtout prendre en main les clefs (ici les runes) pour la suite.

Parce qu’avouons-le, le but n’est pas de rester là en se victimisant à mort.

Avouons-le. Si Odin avait la touche de Caliméro la face du monde en aurait été changée.

Avouons-le. Si Odin avait la touche de Caliméro la face du monde aurait été changée. Imaginez la gueule des Vikings…

Si Odin avait été Calimero, on ne l’aurait pas chanté dans l’Edda. Ouala!
Donc il faut utiliser les secrets obtenus pour ne pas refaire les mêmes conneries, avancer sans fuir, savoir se retourner de temps en temps pour rencontrer son ombre.
Pas seulement pour la confronter, mais aussi pour la rencontrer, l’apprivoiser, faire ami-ami et y piocher de quoi continuer à créer/bosser sur soi/s’améliorer.

Parce que faire du sur-place dans sa vie et se plaindre, à quoi cela sert-il?
A rien.

C’est pour cela que j’ai décidé de faire mon Odin au moment où je me sentais la plus « down ». Je me suis dit, j’arrête mes conneries et j’ouvre les yeux dans tous les sens du terme.

Les 12  et 17 mai prochain, après 31 ans de forte myopie, je passerai sous le scalpel pour recevoir des implants (pas de laser pour les bigleuses comme moi!).
Je flippe. Je suis terrorisée. Vraiment.
Perdre la vue est l’une des plus grandes peurs de ma vie.
L’anesthésie n’est que locale. Je verrai tout.
Ça va être douloureux certainement.
Terriblement angoissant.

Mais plus que jamais c’est le moment. Ce stade de ma vie est celui où symboliquement je dois accepter de ne pas tout contrôler. De ne pas être certaine des choses.

Sainte Lucie eut droit à une deuxième paire d'yeux en cadeau quand elle perdit les premiers sous la torture. La veinarde...

Sainte Lucie eut droit à une deuxième paire d’yeux en cadeau quand elle perdit les premiers sous la torture.
La veinarde…

De me détacher de ce qui compte le plus « à mes yeux ».
Peut-être n’est-ce pas un hasard si j’ai choisi le pseudonyme de Lucy Dreams il y a longtemps. Symbole de lumière et de connaissance, Lucie est aussi le symbole de la jeunesse éternelle. Son attribut dans sa version catholique est une paire d’yeux posée sur un plateau et les coquillages blancs ornés de spirales que l’on trouve dans la Méditerranée sont appelés « yeux de Sainte Lucie ».
En choisissant ce deuxième nom, j’ai choisi celui du rêve lucide. De la lumière des rêves.
Ou de la lumière éclairant le rêve et l’illusion de ma propre vie.
A 15 ans déjà je nommais mon chemin et mon initiation.

Mon regard doit et va changer. Je le sais.
Je l’ai lu dans mon ombre.
Le lever de soleil n’en sera que plus beau.

Aujourd’hui, j’ai coupé une branche de noisetier pour la faire tailler en 24 morceaux.
Mon jeu de rune verra le jour en même temps que moi.

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[1] rún « secret » en vieux norrois.

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