Quelle différence faire entre le psychologique et le spirituel ?

Voici une question d’actualité qui surgit souvent lorsque l’on parcourt certaines librairies ou bibliothèques dont le rayon Développement Personnel (véritable fourre-tout) mêle des ouvrages de psychologie et d’autres liés à la spiritualité…
Mais pourquoi mélanger tout cela alors que les deux voies sont totalement distinctes? Je vous propose de revenir sur la différence entre le psychologique et le spirituel…

M’intéressant aux deux branches, j’ai été très intriguée par l’interview de Jacqueline Kelen où elle aborde ce sujet épineux…

Je trouve la position de Jacqueline Kelen très intéressante pour le coup. Car elle pose la question du détachement entre le travail sur le psychologique et le chemin laborieux de l’Éveil, déclarant même: « Le psychologique ne mènera jamais au spirituel ».
Pourtant on pourrait rétorquer à cela que les deux vont de pair dans beaucoup de traditions spirituelles.
Dans le bouddhisme par exemple il est question de travailler sur son esprit pour être une meilleure personne pour soi et les autres. Or cela n’est pas si simple que ça et ce serait mal comprendre la définition du terme « esprit ».
Dans le bouddhisme, le terme d’esprit sous-entend la part immortelle soumise au cycle du samsâra de vie/mort/vie et de réincarnation jusqu’à la libération par le Nirvāṇa. Pacifier son esprit permet d’atteindre sa véritable nature, de se défaire des émotions perturbatrices pour s’élever et accéder à la bodhicitta (Éveil).
Jacqueline Kelen fait d’ailleurs référence à cette idée lorsqu’elle elle dit que malgré les troubles psychiques et les souffrances qui en découlent, « l’être spirituel reste centré et vertical car entièrement orienté vers l’esprit ». Selon elle, ce dernier « reste inaliénable ». Je rejoins cette vision et apprécie beaucoup les notions de verticalité auxquelles elle fait référence car il s’agit de l’une ds bases de ma voie: Verticalité, Harmonie, Équilibre et Mouvement.

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Toutefois, je ne rejette pas le développement personnel ni même la psychologie et encore moins la psychanalyse, mais je concède que travailler ces aspects n’est pas une garantie d’Éveil spirituel. A mon sens celui-ci est indissociable d’une évolution des perceptions, voire d’une certaine forme d’extase qui conduit à une connexion avec les forces immanentes du monde visible et invisible.
Le développement personnel et la psychothérapie préparent et assainissement un terrain pour le travail spirituel mais il ne le remplacent pas. D’ailleurs, je considère qu’un travail sur soi est une partie indispensable à une voie spirituelle en ce qu’il permet de ne pas se perdre dans des fantasmes et des poussées d’égo destructrices pour soi ou les autres. D’une certaine façon, le travail sur soi fait partie d’une certaine éthique spirituelle et participe de ce que l’on pourrait appeler de l’intransigeance.
Lorsque l’on commence à se pencher sur certaines pratiques ésotériques et/ou spirituelles, on peut être attiré et tenté par une utilisation égotique de ces énergies et un travail sur soi et ses aspirations, frustrations et peurs, permet de rester centré sur sa verticalité.
Pour autant, passer sa vie à se regarder le nombril sur le divan ne permettra jamais à personne de développer son canal.

Bref, encore une fois, je pense qu’il s’agit d’équilibre et de mouvement. Équilibre et mouvement entre l’intérieur et l’extérieur en se basant sur ce que Starhawk appelle « pouvoir-du-dedans » et non le « pouvoir-sur » de la domination et de l’autorité.
Le « pouvoir-sur » peut être celui de notre égo, qui peut imposer son autorité à notre vie, « or le pouvoir que nous devinons dans une graine, dans la croissance d’un enfant, que nous éprouvons en écrivant, en tissant, en créant, en choisissant n’a rien à voir avec les menaces d’anéantissement. Il est à entendre au sens premier du mot pouvoir, qui vient du latin podere, être capable. C’est le pouvoir qui vient du dedans, le pouvoir du dedans.» comme l’explique Starhawk dans son ouvrage Femmes, Magie et Politique.
Et c’est à ce « pouvoir-du-dedans » que nous devons faire appel lorsque nous entrons dans une voie spirituelle, c’est lui qui doit guider notre travail psychologique si celui-ci a pour but de renforcer et construire notre éthique spirituelle.

Alors bien sûr, on pourrait me dire qu’une voie spirituelle ne regarde que soi et que l’éthique n’a rien à voir là dedans. Ce n’est pas ma vision des choses.
Que nous soyons spirituels ou pas, nous sommes et restons avant tout des être sociaux, vivant dans un entourage plus ou moins proche et sur lequel nos actes et nos énergies ont un impact. Et cela qu’on le veuille ou non!
Aussi travailler sur notre égo et nos bonnes petites névroses peut nous éviter de blesser les autres avec nos travaux et nos errances qui, avouons-le, deviennent de plus en « velues » à mesure que nous avançons sur notre voie.
Il me semble que cette mesure est plus indispensable encore si l’on veut travailler en cercle car celui-ci se nourrit de toutes les énergies qui y sont apportées, bonnes ou mauvaises et les cônes de pouvoir accentuent tout… le pire comme le meilleur.

Aussi, je proposerais une variante aux propos de Jacqueline Kelen: Certes « Le psychologique ne mènera jamais au spirituel », mais c’est un travail indispensable pour tout marcheur spirituel qui recherche à développer son « pouvoir-du-dedans » sans écraser les autres par un « pouvoir-sur » inconscient et pathologique.

A nous, donc de puiser dans cet inconscient pour des travaux initiatique sans se laisser dominer par notre égo malade.

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3 réflexions au sujet de « Quelle différence faire entre le psychologique et le spirituel ? »

  1. J’aime beaucoup l’idée que le psychique est un niveau intermédiaire entre le corps et l’esprit. Une strate un peu bâtarde en somme, qui n’est ni le départ ni la fin du voyage.

    Après, je suis tout à fait d’accord avec toi Lucy : on ne peut pas balayer d’un geste toutes les problématiques liées au psychologique, ça serait perdre pied avec la réalité et s’égarer de manière inconsciente dans le mysticisme.

    Mais encore faut il ne pas se complaire dans le psychique, au risque de tomber dans le "matérialisme spirituel" (le terme n’est pas de moi, mais de Chögyam Trungpa).

    Bref, vive la voie du milieu !

    J’en profite pour te dire que j’aime beaucoup lire ton blog, et qu’il est toujours plein de pistes de réflexion intéressantes. Merci !

  2. Merci pour ton commentaire Spyra.
    Cette réflexion du lien entre psychologique et spirituel est loin de s’arrêter là car l’autre jour dans un ouvrage de Esther Harding "Les mystères de la femme", j’ai lu une phrase qui m’a fait réfléchir:
    Les dieux et leurs cultes sont une projection de notre inconscient et de son rapport avec le conscient…
    Très intéressant à méditer.

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