Pourquoi "The Dreaming" ?

Depuis 2005 que mon blog existe (tout d’abord sur un forum pendant quelques mois, puis très vite, à cette adresse), je me demande combien de lecteurs connaissent l’origine de son nom: The Dreaming

Alors tout d’abord le sens de The Dreaming est simple, il s’agit du rêve dans le sens de songe, mais aussi du rêve lié à l’imaginaire.
Ensuite, mon pseudo étant Lucy Dreams depuis 1992, je ne pouvais pas trouver mieux comme titre pour un coin virtuel « à mon imag(inair)e »…

Mais ce qui a décidé plus que tout le choix de ce nom est le titre d’un album hors norme de Kate Bush dont je suis fan (ça je pense que vous le savez, puisque je bassine tout le monde avec… :-p ).
Quand je dis hors norme, je n’exagère pas.

The Dreaming

A sa sortie, en 1982, The Dreaming a complètement surpris et décontenancé les critiques comme les fans.

  1. Sat in your lap   2. There goes a tenner   3. Pull out the pin   4. Suspended in Gaffa   5. Leave it open   6. The Dreaming   7. Night of the swallow   8. All the love   9. Houdini  10. Get out of my house

Sur cet album, Kate chante de façon complètement inattendue, bien loin des envolées lyriques de Wuthering Heights et à des milliards d’années lumières de morceaux accessibles passant en boucle à la radio comme le très célèbre Babooshka.
D’ailleurs, autant le dire, cet album complètement halluciné est assez hermétique et certains fans ont mis plusieurs écoutes avant de rentrer dedans.

Le chant, je vous l’ai dit, est complètement différent des trois album précédents et les sons tranchent avec ceux plus classiques auxquels Kate avait habitué son public.

Pour preuve, voici à la suite les clips du célèbre et magnifique Wuthering Heights (1978), puis The Dreaming (1983):

En effet, depuis Never For Ever, Kate utilise le Fairlight CMI, un échantillonneurs et synthétiseurs numérique que Peter Gabriel lui a offert en remerciement pour sa participation sur le morceau « « Games Without Frontiers« « . A cette époque, ceux qui utilisent cet outil sont encore peu nombreux (Jean Michel Jarre sera l’un des premiers français suivi par Balavoine, notamment pour Tous les cris les SOS)et ses possibilités infinies pour l’époque incitent Kate à s’enfermer pour composer et repousser les limites sonores de ses morceaux.
Dans Never For Ever elle tâtonne encore et utilise le Fairlight en surface, tandis que dans The Dreaming, elle mixe sa voix, la modifie et joue avec les distorsions et autres possibilités multiples de l’outil pour arriver à cet opus complètement déjanté où Kate semble méconnaissable.
Même si elle n’y fait pas allusion, je peux vous dire que Dyonisos le bruyant n’est pas loin… 😉

Les chansons très personnelles, héritées de souvenirs brumeux, de rêves ou cauchemars étranges sont illustrées de clips (conçus et réalisés par Kate) qui restituent bien les images venues à l’esprit de l’auteur à leurs créations. Une fois encore, Kate est seule maître à bord pour chaque aspect de son oeuvre.

The Dreaming single
[1]La chanson éponyme résume à elle seule tout l’esprit de l’album et démontre (une fois encore) l’intérêt de Kate pour la spiritualité et des cultures variées.
Ainsi, dans le morceau « The Dreaming », elle fait référence à la spiritualité aborigènes australiens et à leur cosmogonie.
Dans cette culture, le « Temps du rêve » (Tjukurpa en langue anangu) est le thème central qui explique les origines de leur monde, de l’Australie et de ses habitants. dans la tradition aborigène, des créatures géantes telles le serpent arc-en-ciel (appelé aussi Waagal, appelé aussi Wagyl ou Yurlungur) sont sortie de la Terre, de la mer ou du ciel pour créer les paysages australiens. Leurs corps ont créé les fleuves et des chaînes de montagnes tandis que leur esprit restait dans la Terre, la rendant sacrée.
Cette vision du monde sous-entend ainsi que chaque action a un impact sur le monde, laissant une trace sur Terre. certains lieux ont même une signification héritée de leur création au temps du rêve, visible par les formations naturelles du sol et du paysage leur donnant le « pouvoir du rêve », rêve dans lequel réside le sacré. Ainsi, pour certaines tribus, un escarpement rocheux est le corps d’un Wagyl (encore transcrit Waugal ou Waagal) un être ophidien gigantesque du temps du rêve, qui en serpentant dans le paysage a créé lacs et rivières[2].

Pour le reste, les morceaux font référence à des états d’âmes personnels, à l’adaptation de Shinning de Stephen King par Stanley Kubrick (« Get Out Of My House« ), à la guerre du Vietnam (le superbe « Pull Out The Pin« ) et la vie d’Harry Houdini.
La pochette de l’album fait d’ailleurs référence à cette chanson où le défunt (Houdini) par une séance de spiritisme, doit apparaitre à sa veuve Rosabel et « par un baiser, donner la clef« :

   ''With a kiss    I'd pass the key    And feel your tongue    Teasing and receiving.    With your spit    Still on my lip,    You hit the water.'' 

L’homme enchainé de la couverture fait référence à l’un des tours d’Houdini, mais également à l’emprisonnement sous-entendu dans les chansons « There Goes a Tenner » (racontant un cass’) et « Night Of The Swallow » (où une femme pressent que l’affaire où son homme s’embarque va mal se passer).
Bien sûr, comme à l’accoutumée, Kate a également caché sur la pochette, le fameux Kate Symbol: KT symbol

Bref, beaucoup de situations en abimes et de tiroirs sur cet albums où les rythmes syncopés et les sons percussifs s’accompagnent de vocalises étranges.
D’une certaine façon, on pourrait penser que Kate pète un plomb dans cet album, notamment à la fin du dernier morceau « Get out of my House » où ses cris s’accompagnent de braiment d’âne, de syllabes rythmiques des joueurs de tablas indiens et de guitares agressives.
C’est une chanson à hurler chez soi quand on souhaite virer tous les cons qui nous pèsent. Franchement, je vous le recommande, à fond, en sautant partout!

En y repensant, il n’y a pas de hasard. Si je vous parle de l’album qui donna son nom à mon blog au moment où le bruyant se fait de plus en plus présent dans ma vie spirituelle.
Il y a dans cet album une sorte d’éructation et de bouillonnement bruyant qui s’accorde bien à une fête de Ménades. Je m’attendrais presque à entendre Kate crier « Evohé! »

Pour preuve, voici le clip du premier morceau de The Dreaming, Sat in your lap:

Ce morceau illustre très bien l’impatience que l’on peut avoir vis à vis du savoir et même (bien que cela paraisse contradictoire) de la sagesse, de l’éveil.
Nous voudrions déjà tellement y être et nous décourageons si vite comme de pauvres petits êtres humains affolés pris de folies des grandeurs, sans voir que nous mettons la barre trop haut et que le chemin est la seule véritable richesse, le seul véritable Graal.

Voici d’ailleurs les paroles de cette chanson (que j’utilisais comme sonnerie sur mon tel pour ma Directrice de Recherche… lol):

I see the people working,
And see it working for them.
And so I want to join in,
But then I find it hurts me.

Some say that knowledge is something sat in your lap.
Some say that knowledge is something that you never have.

I see the people happy,
So can it happen for me?
‘Cause when I am unhappy,
There’s nothing that can move me.

Some say that knowledge is something that you never have.
Some say that knowledge is something sat in your lap.
Some say that heaven is hell.
Some say that hell is heaven.

I must admit, just when I think I’m king,

(I just begin.)

Just when I think I’m king, I must admit,

(I just begin.)

Just when I think I’m king,

(I just begin.)

I’ve been doing it for years.
My goal is moving near.
It says, « Look! I’m over here. »
Then it up and disappears.

Some say that knowledge is something sat in your lap.
Some say that knowledge is ho-ho-ho-ho.

I want to be a lawyer.
I want to be a scholar.
But I really can’t be bothered.
Ooh, just gimme it quick, gimme it, gimme gimme gimme gimme!

Some say that knowledge is ho ho ho.
Some say that knowledge is ho ho ho.
Some say that heaven is hell.
Some say that hell is heaven.

I must admit, just when I think I’m king,

(I just begin.)

Just when I think I’m king, I must admit,

(I just begin.)
Just when I think everything’s going great,

(I just begin,)
Hey, I get the break,
Hey, I’m gonna take it all–

(I just begin.)

When I’m king–

(– just begin.)

In my dome of ivory,
A home of activity,
I want the answers quickly,
But I don’t have no energy.

I hold a cup of wisdom,
But there is nothing within.
My cup, she never overfloweth,
And ’tis I that moan- and groaneth.

Some grey and white matter,
« Give me the karma, mama! »
I’m coming up the ladder,
« A jet to Mecca, »
I’m coming up the ladder,
« Tibet or Jeddah,
Up the ladder…
« To Salisbury,
A monastery,
The longest journey,
Across the desert,
Across the weather,
Across the elements,
Across the water! »

©1981 Novercia Ltd.

Le « Across the water » de la fin, me fait d’ailleurs penser que j’ai effectivement du travailler sur l’élément eau pour lâcher un peu prise et comprendre mon rapport au chemin et au Graal symbolique. A mettre la barre trop haut et à ne pas être dans l’instant présent, on se décourage et l’on perd le chemin du Graal, qui n’est autre que l’Essence du chemin et non un calice de sagesse ou un but.

alt= Bref, il y a beaucoup de choses dans cet album qui rejoignent mon chemin et qui expliquent qu’il soit mon préféré de Kate (en dehors du fait qu’il soit super inaccessible et que je sois une sale élitiste de merde).
Sans compter le bonheur de l’écouter en sautant partout en pensant : »Elle est folle! Cette nana est complètement folle, je l’adore!  » xd

Bref, tout ce la pour dire « pourquoi The Dreaming« ?… ben parce que!!!!! :-p

Notes

[1]Pochette du single The Dreaming ©1982 Novercia Ltd. – Origine Internet source Gaffaweb http://gaffa.org/

[2] citation wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Temps_du_r%C3%AAve

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Une réflexion au sujet de « Pourquoi "The Dreaming" ? »

  1. Fabuleux. Depuis le temps que je dois réviser mes busheries, c’est l’occasion rêvée ! Merci pour cet article !

    [haaaaannnnn, et quand je regarde ta playlist… Tori *love* et les Fields *re-love* Et Daemonia, bien sûr… Epouse moi XD]

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