Waking the Witch ou le quotidien invisible de la sorcière blasée

 

Vous est-il déjà arrivé de perdre toute foi, toute spiritualité, de trouver votre vie particulièrement triviale et pragmatique ?
C’est terriblement déstabilisant et même blessant quand toute notre vie était un sacerdoce, une offrande sur notre chemin spirituel.

Et bien c’est exactement ce que j’ai vécu ces derniers mois.
Un sentiments douloureux d’être déconnectée du ciel comme de la terre, de devoir faire avec l’impression d’être orpheline de tout et de devoir s’habituer à vivre comme M. et Mme Toul ‘monde, sans spiritualité… et pire de trouver tout cela normal, quitte à porter un regard condescendant sur sa vie passée « Oh, les fantasmes de la jeunesse, les boutons pré pubères tardifs, le syndrome de Peter Pan, toussa, toussa…« 

Oui, mais non.

 

Regarder sur son chemin et se donner le sentiment que l’on s’est construit un Disneyland de witch pour exister est non seulement insultant, c’est faux.
Et la crise de foi est d’autant plus douloureuse qu’on en vient à devenir sa pire ennemie en trainant bien dans la boue ce qui faisait la sève de votre vie.

Dans le genre crise existentielle « dans quelle étagère, qu’ouï-je, cours-je, qu’asperge ? » ça se pose là et c’est du lourd.

Pourtant on n’avait pas tant l’impression d’astiquer son balais toutes les cinq minutes ni de décorer son terrier à coup de licorne multicolores. Mais quelque chose, quelque chose dans notre quotidien avec une petit épice, un petit quelque chose qui colorait notre quotidien de sa magie inégalable, qui symbolisait et célébrait notre voie, notre nature et notre connexion au cosmos, quelque chose… a disparu.
Et là, commence la grande quête de l’épice perdue…

La grande quête de la petite épice magique

On se dit « Ahahhh ! Mais si cet élément indispensable me manque terriblement, je saurais l’identifier, le chercher et le trouver !»

 

 

Tu le voulais, tu le veux, le voilou, le voilà, sans les mains, hop: Le graaaail!

 

 

 

Que dalle !

Oui, je dis bien : que dalle !
Parce que finalement mettre le doigt sur ce qui vous manque dans votre spiritualité quotidienne c’est comme pour tout, difficile.
Si nous savions toujours ce qui nous manque nous serions toujours éternellement heureux et ce serait la fête du slip intégrale.
Hélas il est bien loin le temps du confort du paquet célébré à tous coins de rues!

Et l’on retourne les dernières années dans sa tête, sa dernière connexion avec les dieux, le cosmos, nos ancêtres, l’esprit du poisson rouge (rayer les mentions inutiles) : ça date de quand la dernière fois, et les sensations c’était quoi ? Quelle saveur, quelle impression ? On identifie, on fouille, on touille, on médite… et on déprime.
Parce que malgré les rituels habituels, les tirages de tarot et les méditations poussées… quelque chose manque cruellement, quelque chose d’inaccessible et d’indispensable.

Les jours, les semaines et les mois passent sans que l’on ait réussi à identifier l’épice manquante ou à amorcer une quête active.
Du moins le croit-on.

Car déjà, au fin fond de la forêt inconsciente de notre spiritualité, la sorcière s’est réveillée. Sans même nous en apercevoir, nous accueillons le changement de saisons, le jaunissement des feuilles et le raccourcissement des jours, toujours obnubilées par la quête sacrée tel un chevalier après le Graal.

 

L’Éveil de la sorcière

Pendant ce temps, tranquillou notre witch intérieure sort la tête hors de la chaumière, hume le vent, balaie devant sa porte, désherbe son potager et relance le feu de la cheminée.
La flamme de notre voie se rallumera bientôt, mais, comme de bien entendu, nous sommes encore les yeux rivés sur notre nombril à déterminer ce qui cloche et à pleurer notre connexion perdue au cosmos.

Et puis, un jour, en regardant les marronniers jaunir, voilà qu’une odeur de terre humide et de champignons vient jusqu’à nous. En fermant les yeux, nous ressentons le contact d’une écorce moite mousseuse dans nos mains, sentons l’odeur de la nature après la pluie, entendons le bruit de la boue se décoller à chaque pas, celui des feuilles mortes écartées pour trouver le champignon farceur cachet sous l’humus.

Et c’est là que nous nous réveillons d’un hiver hors saison, d’une hibernation spirituelle douloureuse.
Même dans notre salle de bain affairée à nos tâches quotidiennes nous sommes encore et toujours liées à ces émotions, ces odeurs, ces sons, ces sensations, ces images qui marquent l’arrivée d’un sabbat. Ils n’avaient jamais vraiment disparus, ils étaient toujours là.

Cachés ? Pas du tout.
Ni invisibles, ni cachés, ni oubliés, juste quotidiens, habituels…
Familiers.

Que s’est-il passé au fond ? Sortons-nous d’une épouvantable torpeur terrifiante ? Avons-nous été traumatisés par un quelconque évènement ?

Non, non, même pas !
Nous menons simplement notre petite vie, pleine de méditations, de tirages, de calendriers lunaires et recette d’encens en cours.

Simplement nous n’y prêtons plus la même attention qu’au début.

Souvenez-vous :
Au début quand nous commençons à nous intéresser aux spiritualités de la terre, nous sommes des petites noobs toutes choupies, la bouche en cœur.

Petite witch deviendra grande...

Petite witch deviendra grande…

On veut apprendre, on teste, on essaie, on médite comme on peut, on rate des encens, des potions, on confond les plantes et les cailloux…
Le quotidien habituel de la sorcière poisson rouge, quoi.

Et puis avec les années, nous prenons l’habitude et nous apprenons, nous lisons, nous rejoignons un coven, nous pratiquons nos rituels régulièrement, célébrons le passage des lunes et des saisons, comme chaque année, comme chaque année, comme chaque année…
Et ce qui épiçait autrefois notre quotidien de l’excitation de la jeune débutante a maintenant un goût de « déjà vu » et de quotidien.
Nous devenons blasées.

Le mystère de la witch enroulée dans du jambon un soir de pleine lune

Dans cette quête effrénée et désespérée pour retrouver cette épice magique, sel de notre spiritualité affadie (ou pas), nous en venons parfois à souhaiter les grands moyens.
Notre vie nous semble triviale et pragmatique et nous regrettons la fébrilité des premiers rituels de nuits dans le salon ?
Qu’à cela ne tienne ! Nous allons fantasmer sur un bon gros rituel des familles inspiré de la haute magie cérémonielle:
Et vas-y que je me plonge dans la kabbale pour un petit sort de rien, et vazaaa que je sors l’attirail de la grande prêtresse de la grande loge dorée le soir au fond des bois à gauche en sortant de l’ascenseur etc, etc.
Tout ça pour quoi ? Pour avoir le sentiment d’être toujours aussi déconnectée.
On sort de là avec une crise de foi encore plus grande et l’impression d’être ridicule à vivre ces fantasmes théâtralisés, pompeux et empesés.

Alors, cela vaut-il vraiment le coup de faire un gros truc qui tâche pour retrouver son étincelle ?
Non, je ne crois pas, en tout cas, je n’en ai pas eu besoin.

Mais cette crise de foi existentielle m’a fait un bien fou et m’a ouvert les yeux sur un point essentiel :
Ne laissons pas ce qui fait notre voie devenir une pièce anonyme du décor.

C’est peut-être « in« , très dark, frondeur, stylé et classe de faire la witch rebelle et blasée qui est revenue de tout et ne regrette rien, mais concrètement on fait le vide dans son cœur et son âme.
La grande quête de l’épice perdue ne mène peut-être pas un l’Éveil magistral qui roxe du Sleipnir avec ces éclairs et tourbillons de magie tellurique, mais elle nous permet d’être en bonne disposition pour rallumer la flamme.

Bref

A chercher ce qui nous manque et à observer notre quotidien nous le regardons à nouveau, enfin.
Et ce regard neuf, vierge de toute indifférence blasée ravive le feu de notre chemin, le lien avec le cosmos et nous-même.

Car finalement, il ne faudrait pas oublier que ce qui fait le voie de la sorcière, c’est l’expérience du regard sur le monde : un regard acéré, pointu, fin, conscient donc intelligent.
Intelligere = inter. (entre) et ligere (lier)
C’est à dire ce qui fait lien.

L’indifférence ne mènera à rien et il ne tient qu’à nous d’entretenir l’aura de geste quotidiens que nous ne voyons plus.

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