Le festival de Holi – Equinoxe de printemps hindoue

couleurs

Pigments colorés pour la célébration de Holi - Source internet origine mumbai.metblogs.com © Parag Sankhe

A l’occasion d’Ostara, fête de l’équinoxe de printemps, j’ai décidé de vous parler de la fête indienne de Holi, dit aussi Phâlgunotsava ou Phagwa en dialecte Bhojpuri.

Cette fête hindoue est célébrée le 27 mars cette année, c’est à dire aujourd’hui.

Je n’allais donc pas passer à côté d’une occasion en or de vous parler une fois encore de l’Inde et de ses traditions.

Ce n’est pas par fainéantise que j’ai ressorti un vieil article que j’avais écrit pour le webzine Altar il y a quelques années, mais plutôt pour avoir la trame principale déjà construite afin de préciser certains points

Bref, d’une certaine façon, si ce sujet vous intéresse, vous êtes gagnants puisque cette version est plus étoffée que celle publiée dans le webzine.

Holi est connue comme la fête des couleurs et est plus couramment fêtée dans le nord de l’Inde.

Bien que sa date exacte varie, elle a toujours lieu au moment de la pleine lune du mois lunaire de Phâlguna (février/mars) et correspond à l’Équinoxe de Printemps.

Cette année, elle est fêtée le 27 mars, mais d’autres, elle aura lieu le 21, même jour qu’Ostara.

Ce changement de date est lié au fonctionnement du calendrier indien qui est basé sur un cycle lunaire, ce qui n’est pas le cas du notre, le calendrier grégorien.

La fête de Holi tire son origine de la Vasantotsava, qui est à la fois un sacre du printemps et une célébration de la fertilité.
Son nom, Holi, trouve son origine dans celui de la démone « Holika ». Dans certaines versions elle se sacrifie d’elle-même pour sauver son neveu Prahlad, dans d’autres elle est la seule à brûler sur le bûcher tandis que Prahlad est sauvé des flammes par la récitation des noms de Vishnu.

On dédie cette fête à Krishna dans le nord de l’Inde et à Kâma dans le sud.

Kamadeva - Source Internet Origine wikipedia. Open edition Copyright: © Bridgeman Art Library / Musee Guimet, Paris, France / Lauros / Giraudon

Petit apparté:

Kâma (en sanskrit कामदेव / Kāmadeva) est la divinité hindoue du désir, l’équivalent de notre Eros.

Comme Éros en Occident, Kâma utilise un arc et des flèches pour répandre l’amour et il est l’énergie qui incite les hommes à perpétuer leur espèce.

C’est lui qui aurait instillé à Bhrama, dieu originel, le désir de ne pas être seul.

Il est aussi en charge du Smasâra, c’est à dire du cycle de mort et de renaissance, la réincarnation.

Ce nom vous dit certainement quelque chose puisqu’il est présent dans le nom bien célèbre du Kâmasutra… 😉

Selon la mythologie hindoue, Kâma aurait été créé pour tirer Shiva de son ascèse, l’inciter à regarder Parvati et à tomber amoureux d’elle. De colère d’être ainsi dérangé, Shiva aurait ouvert son troisième oeil et réduit en cendre le malheureux Kâma que l’on appelle souvent Ananga, le « sans corps ».

Kâma est vénéré par les yogi car en tant qu’incarnation du Désir, il est le seul à pouvoir les en libérer.

Pour ceux qui s’intéressent à la figure de Krishna et à ses histoires avec Râdha et d’autres jeunes femmes, le lien entre Kâma et Krishna est évident.

Il s’agit de désir, d’amour, de séduction et d’adoration…

Le lien entre Kâma et Krishna se confirme puisque, après sa destruction par Shiva, ce dernier permet à Kama de revenir à la vie comme fils de Krishna et Rukmini: Pradyumna.

Pendant deux jours, la fête bat son plein et s’organise en deux temps :

"Burning the Pyre-Holika Dahan” Source Internet origine hubpages © SiddSingh

Tout d’abord, la nuit du premier jour de la fête, on allume un feu pour rappeler la crémation de Holîka, la démone de la mythologie brûlée par Prahlad avec l’aide de Bhrama.

Ce feu de joie célèbre la victoire du bien sur le mal et le retour des couleurs, de la gaité. Ce jour porte souvent le nom de « Holi Dahan » .

Puis, le deuxième jour, appelé aussi Rangapanchami, les gens s’habillent en blanc et déambulent avec des pigments de couleurs qu’ils jettent sur les passants, amis ou inconnus.

L’usage veut que l’on s’excuse ensuite par cette phrase « Bura na mano, Holî hai » (« Ne soyez pas fâché, c’est la Holî » en hindî).

Puran polis - Source Internet origine Wikimedia © Sanjeevdwivedi

A cette occasion les gens s’invitent à partager des plats préparés spécialement pour cette occasion, dont les puran polis (pains farcis sucrés) les bombons Gujhia et le fameux thandaï, un lait glacé aux épices, auquel du cannabis est parfois ajouté (ouaip, véridique).

Comme vous pouvez le voir sur les photos, la fête de Holi est un évènement où il ne faut pas avoir peur de se salir.

Aussi dans les quelques jours qui précèdent, les gens évitent de porter des vêtements neufs ou de couleur blanche car des ballons remplis d’eau (colorée ou non) sont lancés lors de sympathiques attaques par des inconnus.

Cette fête est si importante pour la communauté indienne qu’elle est même fêtée par les non-hindous et il n’est pas rare de voire des Sikh participer à la fête.

La couleur des pigments a bien sûr une signification : le vert représente l’harmonie ; l’orange l’optimisme ; le bleu la vitalité et le rouge la joie et l’amour.

Holi

Holi bat son plein - Source Internet origine http://www.aujourdhuilinde.com © Emil Sinclair

La fête de Holi possède donc une symbolique qui rejoint celle d’Ostara :

On dit adieu à l’hiver (au mal) une bonne fois pour toute et on accueille la lumière et le retour des couleurs de la nature dans la joie et la bonne humeur.

C’est aussi le retour du Désir.

La période des amours revient, les oiseaux nichent et la sève monte.

Le mélange de population et la fête colorée ou chacun oublie les convenances et s’amuse avec des inconnus peut rappeler à certains égards notre Carnaval européen.

Tout le monde est recouvert de pigments et couleurs, il n’est plus possible de déterminer l’identité des uns et des autres. Pour la société indienne enfermée dans ses castes et interdiction, la fête de Holi sonne comme une bouffé d’air frais et bien sûr de couleur.

En outre, le bûcher de Holika peut faire penser à celui de Monsieur Carnaval ou du vieil hiver (old man winter) brûlé pour fêter l’Equinoxe et le retour du Printemps.

 

Krishna est très souvent représenté jouant de la flûte...

KRISHNA

Krishna (Krichna, Kṛṣṇa, कृष्ण, sombre, bleu-noir, en sanskrit) est un dieu hindou très important dans le panthéon indien.

Radha and Krishna, and sakhis playing Holi, 19th century. Source Internet origine Wikipedia © Simthsonian Freer and Sackler Gallery

Il est le 8e avatar de Vishnu dieu protecteur.

Pour les hindous il existe dix incarnations de Vishnu, dont Siddhartha Gautama, c’est à dire Bouddha qui serait la neuvième.

A chaque incarnation de Vishnu, Lakshmi (, Déesse de la Fortune, de la Beauté et de l’Abondance et compagne de Vishnu) se réincarne également; ainsi lorsque Vishnu revient sous les traits de Rama, Lakshmi revient sous ceux de Sita et elle est également Radha, compagne de Krishna.

Certaines sectes le voient comme le créateur de l’univers et la divinité ultime, d’autres comme le cinquième avatar du Dieu Vishnou.

Il est très présent dans l’iconographie religieuse et populaire indienne et se reconnaît à sa peau bleue.

Ses frasques amoureuses avec Râdhâ, les gopis (vachères), ou même des femmes mariées sont le thème de nombreuses chansons.

La figure du couple qu’il forme avec Râdha sert de métaphore pour beaucoup d’histoires d’amour dans les films indiens.

Si Krishna est particulièrement célébré à Holi, c’est qu’il représente d’une la protection en tant qu’avatar de Vishnu, et d’autre part le désir (à travers ses multiples histoires) qui rappelle Kâma.

Son jeu avec les jeunes filles et la façon dont il « joue » et taquine les vachères ou Râdha se retrouvent dans les jeux de Holi où garçons et filles se poursuivent pour s’asperger de poudre colorée.

 

 

Ainsi, lorsque nous sombrons dans un communautarisme de mauvais aloi, rappelons-nous que les païens européens n’ont pas le monopole de certains symboles, ni celui de la fête.

L’humanité toute entière partage le même terreau et souvent, les mêmes valeurs fondamentales.

J’espère que cette petite découverte de la fête de Holi vous aura plu et vous souhaite de très bonnes fêtes d’Ostara / Holi pleine de couleurs, d’air frais et de gaité.

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2 réflexions au sujet de « Le festival de Holi – Equinoxe de printemps hindoue »

    • Coucou Nadine!

      Merci beaucoup d’être passée et d’avoir laissé un petit message. 🙂

      Oui, Diwali tombe souvent au moment de la Toussaint (leur calendrier est lunaire donc ça varie parfois un peu).
      Cette année on le fête le 2 novembre il me semble…
      En tout cas, à Strasbourg et Toulouse, des associations organisent des évènement à l’occasion de Diwali, fête des lumières.
      C’est très très joli à voir!

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